En cinq minutes
L'archiduc François-Ferdinand était le neveu de l'empereur François-Joseph Ier et l'héritier du trône austro-hongrois, mais il ne régna jamais. Le 28 juin 1914, il fut abattu avec son épouse, Sophie, à Sarajevo, la principale ville de Bosnie, administrée par l'Autriche-Hongrie depuis 1878. Ce meurtre est généralement considéré comme l'étincelle de la crise de juillet, qui entraîna les grandes puissances d'Europe dans la Première Guerre mondiale en cinq semaines environ.
Deux questions permettent de comprendre cette histoire : qui était-il, et comment un seul assassinat a-t-il pu déclencher une guerre d'une telle ampleur ? La réponse à la seconde question tient à l'enchevêtrement d'alliances, de rivalités et d'erreurs qui s'était constitué en Europe depuis des années. Notre guide principal, La Première Guerre mondiale (1914–1918) : causes, déroulement et conséquences, présente le contexte plus large.
Qui il était
François-Ferdinand est né le 18 décembre 1863 à Graz, dans le duché de Styrie, domaine des Habsbourg. Son père était l'archiduc Charles-Louis, frère cadet de l'empereur François-Joseph. Comme beaucoup d'hommes de son milieu, il fut élevé pour une carrière militaire et fit l'essentiel de sa carrière dans l'armée. En 1913, il fut nommé inspecteur général des forces armées, un poste qui lui donnait voix au chapitre sur l'état de préparation de l'ensemble de l'armée.
Il était aussi un chasseur passionné. On le décrit souvent comme un homme têtu, et ses relations avec son oncle, l'empereur, étaient souvent tendues.
Son accession au trône changea en 1889. Le prince héritier Rodolphe, fils unique de l'empereur, mourut à Mayerling en janvier de cette année-là, et François-Ferdinand remonta dans l'ordre de succession. Son père, Charles-Louis, était encore en vie, si bien que le changement ne fut pas immédiat. Lorsque Charles-Louis mourut en 1896, François-Ferdinand devint héritier présomptif, c'est-à-dire celui qui succéderait sauf si un héritier plus proche venait à naître.
En 1900, il épousa Sophie Chotek, dame de cour issue d'une famille de la noblesse de Bohême et titrée comtesse. L'empereur s'opposa à cette union. Le mariage ne fut autorisé qu'à condition que Sophie ne partage pas son rang et que leurs enfants n'héritent pas du trône. Une union de ce type est dite morganatique. Le couple eut trois enfants : Sophie, Maximilien et Ernest.
On dit souvent que François-Ferdinand souhaitait accorder davantage d'autonomie aux peuples slaves de l'empire, peut-être en transformant l'Autriche-Hongrie en un État composé de trois grandes parties. Il n'eut jamais le pouvoir de mener à bien un tel projet. Les responsables politiques hongrois, les ministres et l'empereur lui-même s'opposèrent à toute perte de leur influence, et ces réformes ne virent jamais le jour.
Les causes : une Europe tendue et hérissée d'alliances
En 1914, l'Europe était divisée en deux blocs souples. L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie étaient alliées, et l'Italie faisait formellement partie de cette Triple Alliance, bien qu'elle reste à l'écart de la guerre au départ. La France, la Russie et la Grande-Bretagne étaient liées par la Triple Entente. Ces alliances devaient dissuader les agressions, mais elles signifiaient aussi qu'une querelle entre deux États pouvait en entraîner plusieurs autres.
Trois forces augmentaient les enjeux. Le militarisme signifiait que les grandes puissances construisaient de vastes armées et de grandes flottes et établissaient des plans de mobilisation détaillés, difficiles à interrompre une fois lancés. Le nationalisme était fort chez les peuples slaves des Balkans comme au sein même de l'Autriche-Hongrie. La rivalité impériale, notamment dans les Balkans, rendait chaque puissance attentive aux mouvements de ses rivales. Notre article sur ce qu'est le militarisme et comment il a conduit à la Première Guerre mondiale traite le premier de ces points plus en détail.
L'Autriche-Hongrie était un État multinational aux nombreuses langues, et ses dirigeants craignaient pour la loyauté de leurs sujets slaves. L'influence croissante de la Serbie dans les Balkans semblait menacer cet équilibre, ce qui explique que Vienne voyait la Serbie comme un danger.
La Bosnie était le point de friction le plus aigu. L'Autriche-Hongrie avait occupé et administré cette province depuis 1878, avant de l'annexer purement et simplement en 1908. Beaucoup de Serbes ressentirent cette décision comme une offense. Certains des jeunes hommes qui préparèrent l'attentat avaient des liens avec une société secrète serbe, la Main noire, qui contribua à fournir les armes.
Ce qui s'est passé à Sarajevo
L'archiduc et Sophie se rendirent à Sarajevo pour assister à des manœuvres militaires en Bosnie. La date, le 28 juin, correspondait à Vidovdan (la Saint-Guy), qui commémore la bataille du Kosovo en 1389. Pour de nombreux Serbes, c'est un jour de mémoire nationale.
Ce matin-là, Nedeljko Čabrinović lança une bombe sur la voiture découverte. Elle heurta la capote repliée, rebondit dans la rue et explosa sous la voiture suivante, blessant plusieurs personnes. L'archiduc resta indemne. La visite se poursuivit par une réception à l'hôtel de ville, puis il décida de rendre visite aux blessés à l'hôpital.
Le changement d'itinéraire se révéla fatal. La voiture de tête tourna dans la rue François-Joseph, celle de l'archiduc la suivit, et le chauffeur dut s'arrêter près du pont Latin, qui enjambe la Miljacka. Gavrilo Princip, un Serbe de Bosnie âgé de 19 ans, lié au mouvement nationaliste la Jeune Bosnie, se tenait à proximité. Il tira deux coups de feu à bout portant. François-Ferdinand fut touché au cou et Sophie à l'abdomen ; tous deux moururent en quelques minutes.
Conséquences : du meurtre à la guerre
L'Autriche-Hongrie accusa le gouvernement serbe d'avoir fomenté le complot. Début juillet, l'Allemagne assura son allié de son soutien, une promesse que les historiens appellent souvent le « chèque en blanc ». Vienne rédigea alors un ultimatum, remis le 23 juillet. Il comportait dix exigences et un délai de 48 heures. La Serbie en accepta la plupart, mais pas toutes, et le 28 juillet, l'Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Serbie.
Le système d'alliances se mit alors en marche. La Russie entama sa mobilisation pour soutenir la Serbie. L'Allemagne déclara la guerre à la Russie le 1er août, puis à la France le 3 août. Lorsque les troupes allemandes pénétrèrent en Belgique, pays neutre, la Grande-Bretagne déclara la guerre à l'Allemagne le 4 août. Ce qui n'était qu'une crise entre deux pays était devenu une guerre entre grandes puissances.
Gavrilo Princip était trop jeune pour être exécuté et fut condamné à 20 ans de prison. Il mourut en détention en 1918. La guerre prit fin avec un armistice en novembre 1918, et la monarchie des Habsbourg se disloqua à l'automne de la même année.
Ce que demandent les examens
Les sujets d'examen demandent souvent pourquoi un seul assassinat a conduit à une guerre à l'échelle du continent. Une bonne réponse distingue le déclencheur des causes profondes. Le déclencheur fut l'assassinat à Sarajevo. Les causes profondes étaient le militarisme, le système d'alliances, la rivalité impériale et le nationalisme. Soyez prêt à présenter la chronologie : le chèque en blanc, l'ultimatum du 23 juillet, la déclaration de guerre à la Serbie le 28 juillet, puis la chaîne de déclarations qui suivit début août.
Évitez d'écrire que la mort de l'archiduc a à elle seule causé la guerre. Il est plus juste de dire que le meurtre a donné à l'Autriche-Hongrie le prétexte qu'elle cherchait pour agir contre la Serbie, et que le système d'alliances a transformé une crise régionale en guerre générale.
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