Le mouvement impressionniste prend forme à Paris dans les années 1860 et 1870. Ses peintres quittent l’atelier pour le plein air, travaillent vite avec des couleurs vives et des coups de pinceau visibles, et prennent la vie moderne pour sujet : cafés, boulevards, berges et bals. Le nom est d’abord une moquerie, et les peintres finissent par se l’approprier.
Alors, qu’est-ce que l’impressionnisme en une phrase ? C’est un groupe de peintres parisiens qui cherchaient à saisir comment la lumière et la couleur apparaissent à un instant donné, plutôt que de produire une scène d’atelier léchée. Cet article retrace les origines du mouvement, le fonctionnement de la première exposition collective, les raisons de la persistance du nom, l’influence de l’estampe japonaise et la suite. Il appartient aussi à notre série art et culture du XIXe siècle.
Qu’est-ce que l’impressionnisme ? La réponse courte
L’impressionnisme relève moins d’un style formel que d’un cercle souple de peintres, autour de Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Edgar Degas, Berthe Morisot, Camille Pissarro et Alfred Sisley. Ils partageaient des habitudes de travail : peindre en extérieur quand c’était possible, garder des couleurs vives et laisser voir la touche. Ils choisissaient aussi des sujets modernes et ordinaires plutôt que les scènes classiques et historiques que le monde officiel de l’art continuait de récompenser.
Leur identité publique tient surtout à leurs expositions. Entre 1874 et 1886, le groupe organise huit expositions à Paris, chacune avec un mélange différent d’artistes.
Les origines : le Salon et les refus de 1863
Dans les années 1860, la réputation d’un peintre dépendait largement de l’acceptation de son œuvre par le jury du Salon annuel. En 1863, le jury refuse le Déjeuner sur l'herbe d’Édouard Manet, une scène de pique-nique où une femme nue est assise parmi des hommes habillés. Napoléon III ordonne alors une seconde exposition des œuvres refusées, le Salon des refusés, qui ouvre à Paris le 15 mai 1863. Sur plus de 5 000 tableaux envoyés cette année-là, environ 2 200 furent refusés.
Manet y montre son tableau de pique-nique sous le titre Le Bain, qui suscite à la fois rires et indignation. Il n’expose jamais avec le groupe qui deviendra celui des impressionnistes, mais les jeunes peintres voient dans sa lumière plate et ses sujets modernes un modèle à suivre. Plusieurs d’entre eux se sont rencontrés au début des années 1860 dans l’atelier du professeur d’origine suisse Charles Gleyre, où Monet, Renoir, Sisley et Frédéric Bazille furent élèves, et ils commencèrent à peindre ensemble en extérieur.
L’habitude de peindre en plein air a des racines plus anciennes chez les peintres de Barbizon, qui travaillaient autour de la forêt de Fontainebleau ; voir notre article sur Millet et l’école de Barbizon. Le romantisme, le mouvement qui les précède, privilégiait l’émotion et le drame, et Qu’est-ce que le romantisme ? explique ce contexte.
Paris comme sujet
La ville qu’ils peignaient changeait vite. De larges boulevards et de nouveaux parcs remodelaient ses rues, et le plan de 1876 ci-dessous divise Paris en vingt arrondissements. Le bal de Renoir se trouvait sur la butte Montmartre, au nord, tandis que la première exposition collective se tenait sur le boulevard des Capucines, au centre. La carte montre clairement qu’il s’agit de deux quartiers différents d’une même ville.

Guerre, exil et une nouvelle société d’artistes
En juillet 1870, la France entre en guerre avec la Prusse. Paris est assiégée dès l’automne, et plusieurs peintres quittent le pays. Monet arrive à Londres à la mi-septembre 1870, et Pissarro rejoint de la famille dans le sud de Londres en décembre. La maison de Pissarro à Louveciennes, à l’ouest de Paris, avait été utilisée comme écurie par des troupes prussiennes. À Londres, Monet peint seulement environ six vues des parcs et de la Tamise, mais il rencontre aussi d’autres exilés, dont le peintre James Tissot.

En décembre 1873, les peintres créent une société coopérative d’artistes afin de montrer leurs œuvres sans passer par le jury officiel. Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, Cézanne, Morisot et Degas figurent parmi ses membres. Cette société conduit directement à la première exposition collective de 1874.
La première exposition collective, 1874
La première exposition ouvre le 15 avril 1874 au premier étage du 35 boulevard des Capucines, ancien atelier du photographe Nadar, et dure jusqu’au 15 mai. Une trentaine d’artistes y participent, avec environ 165 œuvres ; certains décomptes sont plus élevés, donc considérez ce chiffre comme une estimation. La réception de la presse est mitigée, et la critique la plus célèbre est ouvertement moqueuse.
Le Berceau (1872) de Berthe Morisot, qui montre sa sœur Edma regardant un bébé endormi, figure parmi les œuvres exposées. Les critiques l’accueillent avec bienveillance, mais le tableau ne se vend pas.
Le nom né d’une plaisanterie
Le 25 avril 1874, le critique Louis Leroy publie un article satirique dans Le Charivari, un journal parisien d’humour. Il l’écrit sous la forme d’une conversation moqueuse et reprend le titre de Impression, soleil levant de Monet pour ridiculiser l’ensemble du groupe. Qualifier les peintres d’« impressionnistes » se voulait une insulte : cela suggérait qu’ils avaient seulement noté une impression passagère au lieu d’achever un tableau.
La plaisanterie a survécu à son auteur. L’étiquette est restée, et, en quelques années, les peintres eux-mêmes l’employaient. Aujourd’hui, elle désigne une manière entière de peindre, et pas seulement une exposition, et l’exemple le plus célèbre de ce style porte le titre qui servit à le moquer.
Comment ils peignaient : lumière, couleur et vie moderne
La peinture impressionniste repose sur trois habitudes. D’abord, les artistes travaillent souvent en extérieur et tentent de saisir la lumière avant qu’elle ne change. Ensuite, ils évitent le noir et le brun foncé pour les ombres et utilisent la couleur à la place. Enfin, ils considèrent les sujets ordinaires comme dignes d’une attention sérieuse : un bateau sur l’eau, une foule dans un bal, une rue sous les eaux de crue.
La touche porte une part du message. Les impressionnistes laissent leurs traits visibles au lieu de les fondre en une surface lisse. De près, la toile peut paraître rugueuse, mais de loin les touches se rassemblent en scintillement d’eau, de feuillage ou de ciel. Le Bal du moulin de la Galette (1876) de Renoir, présenté à l’exposition du groupe en 1877, fait cela avec des danseurs, des amis et une lumière du soleil tachetée. La photographie, qui se répand à la même époque, est souvent liée aux cadrages coupés et décentrés de ces tableaux, mais les peintres travaillaient avec la couleur et la touche, et non avec les gris de l’appareil.
Edgar Degas peint de jeunes danseuses de ballet et leur professeur dans une salle de répétition de l’ancien Opéra de Paris, une scène datée de 1874. L’Inondation à Port-Marly (1876) d’Alfred Sisley montre une rue à l’ouest de Paris submergée, avec un bistrot debout dans l’eau sous un ciel gris. Ces tableaux représentent la vie contemporaine de la ville et des rivières, et non des épisodes historiques.

Plusieurs peintres travaillaient le long de la Seine, à l’ouest de Paris, dans des villages comme Argenteuil et Port-Marly ; c’est pourquoi une carte routière régionale aide à situer leurs scènes.
La démarche dépasse largement les années 1870. Boulevard Montmartre, printemps de Camille Pissarro est datée de 1897, plus de vingt ans après la première exposition. The Child’s Bath de Mary Cassatt est datée de 1893. Ce style ne se limite pas à un seul moment.
Les peintres impressionnistes : Morisot et Cassatt
Berthe Morisot participe à sept des huit expositions du groupe, ce qui en fait l’une des membres les plus constantes. Ses tableaux se concentrent souvent sur les femmes et les enfants à la maison, et Le Berceau se trouve aujourd’hui au musée d’Orsay, à Paris.
Mary Cassatt est une peintre américaine qui travaillait à Paris. Degas l’a fait entrer dans le groupe, et elle expose avec les impressionnistes à partir de 1879. The Child’s Bath montre une mère tenant un enfant au-dessus d’une cuvette, vu d’en haut. Les historiens de l’art soulignent souvent l’influence des estampes japonaises dans son espace aplati et sa composition asymétrique.
Estampes japonaises et japonisme
Dès le milieu du XIXe siècle, des objets et des estampes japonais atteignent l’Europe, et les Français nomment « japonisme » la vogue qui les entoure. Un point de départ souvent cité est l’histoire du graveur Félix Bracquemond, qui aurait trouvé vers 1856 un exemplaire du carnet de croquis Hokusai Manga dans l’atelier de son imprimeur. Ce récit est souvent répété, mais ses détails viennent de récits postérieurs : il faut le considérer comme une tradition plutôt que comme un fait documenté.
Ce qui frappe les peintres, c’est l’aspect des estampes sur bois ukiyo-e : aplats de couleur, contours fermes, cadrages audacieux, figures coupées par le bord du cadre et points de vue en plongée. Elles proposaient une autre manière de construire une image que la tradition occidentale d’une scène centrée et profonde.
Deux exemples éclairent cela. Sudden Shower over Shin-Ōhashi Bridge and Atake (1857) de Hiroshige montre un pont et une ville sous une averse, dans un dessin plat et audacieux. La Japonaise (1876) de Monet montre son épouse, Camille, en kimono japonais. Ces deux œuvres montrent à quel point les peintres français s’intéressaient à l’art japonais.
Huit expositions et un groupe en mutation
Entre 1874 et 1886, le groupe organise huit expositions. La composition change d’une exposition à l’autre, et les organisateurs ne s’accordent pas sur les invitations. Selon les récits standards, Pissarro expose aux huit. La scène de danse de Renoir apparaît à la troisième exposition, en 1877, et Cassatt rejoint le groupe à partir de 1879.
La huitième et dernière exposition ouvre en mai 1886. Georges Seurat et Paul Signac, qui construisaient leurs images avec de petits points de couleur, y participent, et le groupe se divise sur la question de les inviter. Un dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte de Seurat compte parmi les pièces maîtresses, et il est accroché dans une salle qui abritait aussi les œuvres néo-impressionnistes de Pissarro.
Après l’impressionnisme : néo-impressionnisme et post-impressionnisme
La méthode de Seurat, qui construit l’image à partir de points de couleur séparés, est généralement appelée néo-impressionnisme. Elle prolonge l’intérêt impressionniste pour la lumière à travers une technique plus systématique. Cézanne, Van Gogh, Gauguin et Matisse suivent d’autres voies.
Le terme « post-impressionnisme » est popularisé par le critique et peintre Roger Fry. Son exposition de 1910 à Londres, Manet and the Post-Impressionists, aux Grafton Galleries, présente Cézanne, Van Gogh, Gauguin et Matisse au public britannique. Qui a employé le mot le premier, et quand, reste discuté.
Pourquoi c’est important et ce que demandent les examens
L’impressionnisme compte parce qu’il fait du moment peint un sujet légitime. Ses peintres ont montré qu’un tableau pouvait se construire à partir de la lumière, de la couleur et de la touche, et pas seulement d’un dessin soigné et d’une histoire. Ce changement a ouvert la voie à la peinture moderne qui a suivi.
Les épreuves d’histoire et d’histoire de l’art interrogent souvent trois points : le rejet du Salon officiel et le Salon des refusés de 1863 ; le choix de sujets urbains et de loisirs modernes ; et les évolutions de la couleur et de la touche. Retenez aussi les dates clés : 1863 pour les œuvres refusées, 1874 pour la première exposition collective et 1886 pour la dernière.
À lire ensuite
- Millet et l’école de Barbizon : les peintres de plein air qui précèdent les impressionnistes.
- Tableaux impressionnistes célèbres et peintres : un parcours plus large des œuvres et des artistes évoqués ici.
- Qu’est-ce que le romantisme ? : l’art émotionnel et dramatique de la génération précédente.