En cinq minutes
Le système de Vienne est l'ordre que les grandes puissances européennes ont mis en place après les guerres napoléoniennes. Son centre était le concert européen, une habitude de réunions régulières où l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie acceptaient de se concerter et d'agir ensemble pour préserver la paix. La France les rejoint en 1818. L'idée directrice était la légitimité : les anciennes familles régnantes devaient conserver ou retrouver leur trône, et les révolutions devaient être arrêtées avant de franchir les frontières.
Le système a tenu une trentaine d'années. Aucune guerre générale entre les grandes puissances n'éclata avant le début de la guerre de Crimée, en 1853. Ensuite, les révolutions en Europe et un conflit à l'est l'ont peu à peu désagrégé. En bref, le concert européen était une habitude diplomatique plutôt qu'une organisation formelle, et il n'a fonctionné que tant que les grands États voulaient le même type d'ordre.
D'où vient le système
À partir de 1792, la France révolutionnaire, puis l'empire de Napoléon Bonaparte, redessinèrent la carte de l'Europe. Napoléon abdiqua en avril 1814 et fut envoyé sur l'île d'Elbe. Les puissances victorieuses se réunirent alors à Vienne pour décider de la future physionomie du continent. Cette réunion fut le congrès de Vienne. Klemens von Metternich, ministre autrichien des Affaires étrangères, en était la figure dominante, et son acte final fut signé le 9 juin 1815.
L'Europe avait été bouleversée par deux décennies de troubles. La Révolution française avait répandu des idées sur la citoyenneté et la souveraineté nationale, et les conquêtes de Napoléon avaient dissous d'anciens États et redessiné les frontières en Allemagne et en Italie. Lorsque les vainqueurs se réunirent, leur tâche était de décider quelles dynasties reviendraient, quels territoires changeraient de mains et comment empêcher la France de menacer de nouveau ses voisins.
Neuf jours après la signature de l'acte final, Napoléon fut vaincu à Waterloo. Il s'était évadé de l'île d'Elbe plus tôt cette année-là et était revenu au pouvoir pour une courte période, appelée les Cent-Jours. Pour le contexte plus large, consultez le dossier L'ère napoléonienne.
Les délégués ne cherchaient pas à inventer un nouveau type d'ordre. Ils voulaient la stabilité après deux décennies de guerres presque ininterrompues. Leur réponse reposait sur trois idées : un équilibre des forces entre les grands États, les droits des anciennes dynasties, et la méfiance envers les constitutions libérales et les mouvements nationalistes, qu'ils tenaient pour responsables des troubles des années précédentes. Beaucoup d'entre eux avaient vécu la Révolution française et les guerres qui suivirent, et ils se méfiaient de tout ce qui pourrait relancer ce cycle.
Comment fonctionnait le concert européen
Le concert n'a jamais été une organisation formelle. Il n'avait ni siège, ni secrétariat permanent, ni constitution écrite. C'était une habitude de diplomatie, fondée sur des accords conclus en 1815 et 1818 et sur les réunions tenues entre-temps. Les puissances convoquaient généralement elles-mêmes ces réunions, et l'ordre du jour dépendait de la crise la plus urgente du moment. Chaque puissance devait consulter les autres avant d'agir de manière à toucher l'ensemble du continent. Le système ne fonctionnait que lorsque les puissances partageaient leurs informations et s'accordaient sur le moment d'une action commune. Quand elles se divisaient, ce qui arrivait souvent, le concert pouvait peu de chose.
Trois évolutions ont façonné le système :
- La Sainte-Alliance, signée en septembre 1815 par la Russie, l'Autriche et la Prusse, promettait que les souverains gouverneraient selon les principes chrétiens. En pratique, son effet fut surtout symbolique.
- La Quadruple-Alliance, signée en novembre 1815 par la Grande-Bretagne, l'Autriche, la Prusse et la Russie, liait les quatre puissances à veiller contre toute menace renouvelée de la France et à se réunir à intervalles réguliers.
- À Aix-la-Chapelle en 1818, la France fut réadmise et l'accord devint une alliance à cinq puissances.
Les puissances acceptèrent aussi une forme de responsabilité collective. Si une révolution dans un État pouvait se propager à d'autres, elles la traitaient comme un problème commun. Cette disposition à intervenir dans les affaires intérieures d'un autre État marquait la rupture la plus nette avec la politique d'équilibre antérieure, qui se préoccupait surtout de territoire et de répartition du pouvoir. Sous le concert, les grandes puissances revendiquaient le droit de juger la manière dont les autres États étaient gouvernés.
Les congrès de 1818 à 1822
Le concert se réunit au cours d'une série de congrès, et chacun mit à l'épreuve l'unité des puissances. À Aix-la-Chapelle, l'occupation de la France par les Alliés prit fin. À Troppau en 1820, l'Autriche, la Prusse et la Russie déclarèrent que les États dont les gouvernements avaient été renversés par une révolution pouvaient être ramenés à l'ordre, par la force si nécessaire. La Grande-Bretagne refusa de signer ce principe. Chaque réunion produisit des protocoles et des circulaires écrits. Lues dans l'ordre, elles montrent un changement d'humeur : au début, les puissances parlaient d'un ordre européen commun ; à Vérone, elles débattaient des États qu'elles étaient prêtes à surveiller.
À Laibach en 1821, le congrès approuva l'envoi de troupes autrichiennes à Naples, qui écrasèrent le soulèvement. À Vérone en 1822, les puissances discutèrent de l'Espagne. La France reçut un appui pour intervenir, ce qu'elle fit en 1823 afin de rétablir le pouvoir absolu du roi Ferdinand VII. Vérone fut le dernier grand congrès du système.
La Grande-Bretagne fut l'exception essentielle. Elle avait contribué à fonder le système, mais n'acceptait pas l'idée que les grandes puissances doivent surveiller les révolutions dans toute l'Europe. Son refus de soutenir l'intervention en Espagne montra à quel point le consensus s'était réduit. Malgré tout, pendant plus de trois décennies, le système évita la plupart des guerres entre grandes puissances, et c'est pourquoi de nombreux historiens y voient encore un succès réel, quoique conservateur.
Pourquoi le système s'est effondré
Le concert avait été conçu pour arrêter les révolutions, mais il ne pouvait pas enrayer le nationalisme ni les ambitions propres à chaque État. Plusieurs crises ont révélé ses failles.
- La Grèce (à partir de 1821) : La révolte grecque contre l'Empire ottoman divisa les puissances, car la Russie et l'Autriche avaient des intérêts différents dans les Balkans. La Grande-Bretagne, la France et la Russie agirent ensuite ensemble pour soutenir l'indépendance grecque.
- 1830 : La révolution de Juillet en France renversa Charles X, et la Belgique se détacha des Pays-Bas. Une conférence à Londres traita la question belge, ce qui montra que la diplomatie pouvait encore fonctionner sous tension.
- 1848 : Les révolutions se répandirent dans toute l'Europe, y compris à Vienne. En mars 1848, Metternich démissionna et quitta la ville pour l'Angleterre, et le principe de restauration de l'ancien ordre perdit une grande partie de son autorité.
- 1853 à 1856 : La Russie fit la guerre à l'Empire ottoman, et la Grande-Bretagne et la France se rangèrent du côté ottoman. L'Autriche resta neutre et pressa la Russie de quitter les principautés danubiennes, ce que la Russie prit mal. Le traité de Paris de 1856 mit fin à la guerre. Nombre d'historiens y voient un tournant, après lequel la diplomatie commune des grandes puissances ne fonctionna plus comme auparavant.
Le nationalisme s'est révélé la force la plus difficile à contenir. Des peuples partageant une langue ou une histoire réclamaient de plus en plus leurs propres États ou constitutions, et le concert avait peu à leur offrir. Les puissances voyaient ces mouvements comme des menaces pour l'ordre, mais les réprimer ne les faisait pas disparaître.
L'effondrement fut progressif plutôt que soudain. Les différends des années 1820, les soulèvements des années 1830 et les troubles des années 1840 s'accumulèrent, et au milieu des années 1850, le concert ne fonctionnait plus comme une approche commune.
Les historiens ne s'accordent pas non plus sur la date de fin du système. Certains désignent les révolutions de 1848, d'autres la guerre de Crimée. Votre réponse dépend de la manière dont vous définissez la fin, il est donc utile de justifier la date choisie.
Ce que demandent les examens
Les examens testent généralement trois points : pourquoi le système a été formé, quels étaient ses principes majeurs et pourquoi il s'est affaibli. Une bonne réponse nomme la légitimité, l'équilibre des forces et l'intervention, puis relie les révolutions de 1848 et la guerre de Crimée au déclin. Pour une comparaison, la Société des Nations, après 1920, cherchait elle aussi à encadrer les grandes puissances, mais elle disposait d'un secrétariat permanent et d'un conseil permanent, ce que le concert n'a jamais eu.
Deux erreurs sont fréquentes. D'abord, il ne faut pas traiter le système de Vienne comme un traité unique : c'était un ensemble d'accords et de réunions. Ensuite, il ne faut pas attribuer tout le mérite à Metternich. Le tsar Alexandre Ier de Russie et les ministres britanniques étaient aussi au centre du dispositif, et le système dépendait de leur accord.
À lire ensuite
Commencez par Le congrès de Vienne (1814–1815) pour voir comment ce règlement a été négocié. Lisez ensuite Metternich : architecte de l'Europe conservatrice pour le responsable politique qui a guidé le système, et Qui était Napoléon Bonaparte ? pour le contexte qui a rendu ce système nécessaire.