En cinq minutes
Marie-Thérèse naquit à Vienne en 1717. Lorsque son père, l'empereur Charles VI, mourut en octobre 1740, elle hérita des terres des Habsbourg à l'âge de 23 ans. Peu de femmes de son temps détenaient un tel pouvoir en leur nom propre. Son règne dura jusqu'à sa mort en 1780 et fut façonné par trois éléments : une guerre pour défendre son héritage, la perte de la riche province de Silésie au profit de la Prusse, et un long effort pour reconstruire l'État par la suite.
On se souvient aussi d'elle comme de la mère de Marie-Antoinette, qui devint reine de France. Cette page fait partie de notre guide sur les Lumières, qui examine comment les souverains de l'époque ont tenté de remodeler leurs États.
Contexte : la précaution d'un père
Charles VI n'avait pas de fils survivant. En 1713, il promulgua la Pragmatique Sanction, un décret qui maintenait les terres des Habsbourg réunies et permettait à une fille d'hériter. Il passa ensuite des années à obtenir des autres puissances européennes qu'elles respectent ce texte. Marie-Thérèse épousa François-Étienne de Lorraine en 1736. Celui-ci devint plus tard empereur du Saint-Empire romain germanique, mais c'est elle qui dirigea les terres des Habsbourg.
L'héritage des Habsbourg était une mosaïque plutôt qu'un pays unique. Il comprenait l'archiduché d'Autriche, les couronnes de Bohême et de Hongrie, ainsi que des territoires en Italie et aux Pays-Bas méridionaux. Chaque région avait ses propres lois, ses États provinciaux et sa noblesse ; un souverain devait donc obtenir la coopération des élites locales plutôt que de simplement donner des ordres.
Les promesses ne furent pas tenues. À la mort de Charles, plusieurs souverains virent une occasion à saisir. En décembre 1740, Frédéric II de Prusse entra en Silésie, une province prospère à forte population et au commerce textile florissant. La Bavière et la France contestèrent elles aussi ses droits. Jeune souveraine face à de nombreux ennemis à la fois, elle dut se battre pour son héritage presque aussitôt.
Guerre et perte : 1740 à 1763
En juin 1741, elle fut couronnée reine de Hongrie à Presbourg, l'actuelle Bratislava. Le titre hongrois était au masculin, rex (roi), mais l'usage anglais parle de « queen », soit reine.
En septembre 1741, elle s'adressa en personne à la Diète, à Presbourg, et demanda de l'argent et des soldats contre la Prusse. Cet appel obtint le soutien hongrois, et les régiments hongrois devinrent une composante importante de son armée. Elle avait alors 24 ans, et sa présence personnelle devant les nobles était une démarche délibérée pour les rallier.
L'Autriche combattit sur plusieurs fronts. En 1742, Charles Albert de Bavière fut élu empereur du Saint-Empire sous le nom de Charles VII, ce qui retira temporairement le titre impérial aux Habsbourg. Elle fut couronnée reine de Bohême à Prague en 1743.
La Silésie fut le véritable tournant. Le traité de Breslau, en 1742, accorda à la Prusse la majeure partie de la province, et le traité de Dresde, en 1745, la confirma. La guerre plus large prit fin avec le traité d'Aix-la-Chapelle en 1748, qui reconnut son héritage mais laissa la Prusse en Silésie. En 1745, son époux fut élu empereur, et elle devint impératrice par son mariage.
La Silésie comptait aussi pour l'argent, pas seulement pour le territoire. C'était l'une des provinces les plus riches des terres des Habsbourg, avec une population nombreuse et une économie textile dynamique. Sa perte amputa donc les revenus au moment précis où l'État avait besoin d'argent pour la guerre. La Prusse, désormais maîtresse de la province, devint une rivale que Vienne ne pouvait ignorer.
Son chancelier, Wenceslas Antoine de Kaunitz, plaida pour une nouvelle orientation. En 1756, l'Autriche conclut un accord avec la France, son ancienne rivale. Les historiens appellent cet événement la révolution diplomatique. La même année, la Prusse envahit la Saxe et la guerre de Sept Ans commença. Marie-Thérèse voulait reprendre la Silésie et n'y parvint pas. La guerre prit fin avec le traité de Hubertsbourg en 1763, qui confirma le contrôle prussien.
Reconstruire l'État
Les guerres révélèrent la fragilité du gouvernement, si bien que les réformes commencèrent peu après la guerre de Succession d'Autriche et se poursuivirent après la paix de 1763. En 1749, un organe central appelé Directorium fut créé à Vienne pour gérer les affaires intérieures et financières. Friedrich Wilhelm von Haugwitz mena une grande partie du travail initial. Le Conseil d'État, l'instance consultative la plus élevée de l'empire, apparut au début des années 1760 sous la direction de Wenceslas Antoine de Kaunitz. Trois domaines se distinguent.
- Administration : Elle créa des bureaux centraux à Vienne et tenta de gérer les impôts et la politique dans l'ensemble des territoires de manière plus unifiée. De nombreuses coutumes locales subsistèrent, si bien que le processus fut lent et inégal.
- L'armée : En 1751, elle fonda l'Académie militaire Thérésienne à Wiener Neustadt afin de former les officiers de façon plus méthodique.
- Les écoles : Le Règlement général scolaire de 1774 rendit l'enseignement élémentaire obligatoire pour les enfants de six à douze ans dans les terres germanophones. L'abbé silésien Johann Ignaz Felbiger en rédigea une grande partie.
Les règles scolaires eurent un effet limité de son vivant. Elles marquèrent néanmoins une étape importante, signe que l'État commençait à revendiquer la responsabilité de l'instruction des enfants. En 1776, elle ordonna l'abolition de la torture dans les terres des Habsbourg, sur les conseils de réformateurs comme Joseph von Sonnenfels.
La réforme fiscale fut plus difficile encore. Les privilèges et les exemptions locales étaient profondément enracinés, et les fonctionnaires qui tentaient d'évaluer plus équitablement la propriété et le revenu avançaient lentement face à ces obstacles. Beaucoup d'anciens arrangements survécurent à son règne.
Une famille et une cour
Marie-Thérèse eut 16 enfants. Deux de ses fils devinrent empereurs du Saint-Empire, et ses filles épousèrent des membres de familles royales à travers l'Europe, notamment à Naples et en France. Les alliances matrimoniales furent l'un de ses principaux outils diplomatiques.
Son mariage avec François-Étienne fut un partenariat étroit. Il gérait une grande partie de la fortune privée et des affaires de la famille, tandis qu'elle dirigeait le gouvernement. La cour de Vienne était vaste et solennelle, et elle recourait aux portraits et aux cérémonies publiques pour se présenter comme une mère dévouée et une souveraine attentive à son peuple.
Sa plus jeune fille, Marie-Antoinette, épousa l'héritier du trône de France en 1770. Celui-ci devint plus tard Louis XVI. Marie-Thérèse lui écrivait souvent pour la conseiller sur les usages de la cour, la politique et la nécessité d'avoir des enfants. Ces lettres ont survécu et montrent une mère qui surveillait de près une fille éloignée. Son mariage faisait aussi partie de l'alliance avec la France, l'ancienne rivale devenue partenaire en 1756. Ses premières années à Versailles furent difficiles, et les lettres de sa mère revenaient souvent sur la nécessité d'un héritier, une véritable préoccupation à la cour de France pendant plusieurs années.
Joseph et le trône partagé
Lorsque François-Étienne mourut en 1765, Joseph devint empereur du Saint-Empire et corégent des terres des Habsbourg aux côtés de sa mère. Il voulait des changements plus rapides, alors qu'elle était plus prudente et le freinait souvent. Ils se disputaient fréquemment, mais elle garda la main ferme sur la politique jusqu'à la fin de sa vie.
Le titre impérial de Joseph ne lui donnait pas, à lui seul, le contrôle des terres des Habsbourg. Sa mère gardait le dernier mot dans la plupart des affaires, et il devait souvent travailler dans les limites qu'elle avait fixées. Il s'impatientait face à ce qu'il percevait comme une progression trop lente et voulait supprimer plus vite les anciens privilèges. Leurs désaccords étaient réels, mais tous deux partageaient la conviction que l'État devait être plus fort et mieux administré.
Sa politique étrangère ultérieure comprit le premier partage de la Pologne en 1772, qui donna à l'Autriche la Galicie, une vaste région située dans ce qui est aujourd'hui le sud de la Pologne et l'ouest de l'Ukraine.
Marie-Thérèse était une catholique fervente, et sa foi faisait partie de sa vie publique. Elle avait aussi un sens aigu du devoir et prenait une part directe aux affaires de gouvernement. Elle interrogeait étroitement ses conseillers et ne laissait pas les grandes décisions entre leurs seules mains.
Mort et héritage
Marie-Thérèse mourut à Vienne le 29 novembre 1780. Joseph régna alors seul sur les terres des Habsbourg. La Silésie ne revint jamais, mais l'administration, l'armée et les écoles qu'elle avait façonnées devinrent le socle de ce qui suivit.
Elle fut inhumée dans la Crypte des Capucins à Vienne, aux côtés de son époux. Son œuvre bâtie reste visible au château de Schönbrunn, en périphérie de Vienne, qui fut remanié et agrandi pendant son règne.
Les historiens continuent de débattre de son action. Certains voient une modernisatrice pragmatique qui prépara l'État à l'ère moderne. D'autres soutiennent que ses réformes renforcèrent le contrôle central sur les territoires.
Ce que demandent les examens
Dans les dissertations de type AP, Marie-Thérèse se prête le mieux à une étude de cas sur le pouvoir d'État au XVIIIe siècle. Les réponses solides relient les éléments entre eux :
- Pourquoi la Pragmatique Sanction a créé une crise de succession à la mort de Charles VI.
- Comment la perte de la Silésie a façonné la politique étrangère autrichienne et la rivalité avec la Prusse.
- Pourquoi la révolution diplomatique de 1756 a bouleversé les anciennes alliances.
- Ce que signifie le despotisme éclairé, et dans quelle mesure cette étiquette convient à son action.
Les réponses courtes exigent des dates et des noms. Les dissertations plus longues doivent expliquer les causes et les conséquences, et juger si l'étiquette « éclairé » convient à ses réformes.
À lire ensuite
Pour le versant prussien de cette histoire, lisez Frédéric le Grand de Prusse. Pour voir les deux conflits côte à côte, essayez guerre de Succession d'Autriche et guerre de Sept Ans. Pour les idées qui ont façonné le débat politique de l'époque, Qui était John Locke ? constitue un bon point de départ.