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Trois penseurs des Lumières se sont posé la même question : qu'est-ce qui rend un gouvernement légitime, et que ne devrait-il jamais avoir le droit de faire ? John Locke, Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau ont donné des réponses différentes, et ces réponses continuent d'influencer la façon dont les démocraties modernes sont construites. Locke affirmait que les individus consentent à être gouvernés afin de protéger leurs droits naturels. Montesquieu soutenait que la liberté ne survit que lorsque le pouvoir est divisé et que chaque partie contrôle les autres. Rousseau soutenait que la véritable souveraineté appartient à la volonté générale de tout le peuple et ne peut pas être déléguée à des représentants.
Lues côte à côte, les différences apparaissent nettement. Locke part de l'individu, Montesquieu part des limites du pouvoir, et Rousseau part de la communauté dans son ensemble. Si vous souhaitez d'abord le contexte général, notre guide sur les Lumières présente l'ensemble du mouvement.
Pourquoi les penseurs des Lumières écrivaient
Pendant la majeure partie de l'Europe moderne naissante, les rois gouvernaient en affirmant tenir leur autorité de Dieu ou d'une longue coutume. Les gens ordinaires avaient peu leur mot à dire, et la question de savoir pourquoi quelqu'un devait obéir à un souverain était ouvertement débattue. Les livres imprimés, les pamphlets et les conversations dans les salons ont porté ces débats bien au-delà des universités, si bien que les penseurs pouvaient atteindre des lecteurs au-delà des frontières nationales.
Thomas Hobbes avait posé les termes du débat dans Léviathan, publié en 1651. Il affirmait que sans un souverain fort, la vie serait une guerre permanente de tous contre tous, et que les hommes renoncent donc à leur liberté au profit d'un souverain en échange de la paix. Ce raisonnement semblait justifier le pouvoir absolu. Locke et Rousseau ont tous deux rejeté la conclusion de Hobbes, tandis que Montesquieu a emprunté une voie tout à fait différente.
Les événements et les voyages les ont aussi façonnés. La Glorieuse Révolution de 1688 en Angleterre a abouti à un compromis qui limitait le pouvoir royal, et les Deux traités du gouvernement civil de Locke ont paru en 1689. Montesquieu a séjourné en Angleterre de 1729 à 1731 et a étudié la manière dont le Parlement et la couronne se limitaient mutuellement. Rousseau, né à Genève en 1712, a grandi dans une petite république où les citoyens se réunissaient pour décider des affaires publiques, et cette expérience a nourri son espoir d'un pouvoir populaire direct.
Trois réponses comparées
John Locke : le pouvoir fondé sur le consentement
Dans le Second traité du gouvernement civil, Locke décrit un état de nature dans lequel les hommes sont libres et égaux, et liés par une loi naturelle que la raison peut découvrir. Dans cet état, ils possèdent des droits naturels à la vie, à la liberté et à la propriété. Mais personne n'est juge impartial de sa propre cause, si bien que les hommes acceptent de former un gouvernement qui protège ces droits. Le pouvoir est détenu en confiance, et lorsqu'un gouvernement trahit cette confiance, le peuple a le droit de lui résister et de le changer.
Locke distinguait aussi plusieurs pouvoirs. Le législatif est suprême, car il fait les lois. L'exécutif applique ces lois, et un pouvoir dit « fédératif » gère les relations extérieures et les alliances. Des critiques ont ensuite remarqué que son insistance sur la propriété semblait favoriser les propriétaires. Néanmoins, son affirmation centrale, selon laquelle un gouvernement légitime repose sur le consentement, est devenue l'une des idées les plus influentes de la politique moderne.
Montesquieu : le pouvoir arrête le pouvoir
De l'esprit des lois (The Spirit of the Laws), publié en 1748, s'interroge sur la manière dont les lois doivent correspondre à la société qu'elles gouvernent. Il soutient que les lois dépendent du climat, de la religion, des coutumes, du commerce et de la taille d'un pays, si bien qu'aucun système unique ne convient à tous. Son idée la plus célèbre reste cependant la séparation des pouvoirs. Dans son analyse de la constitution anglaise, qu'il admirait, il décrit le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. L'exécutif gère les affaires étrangères et fait appliquer la loi, tandis que la justice punit les crimes et tranche les litiges.
Son avertissement est sans détour : quiconque détient le pouvoir tend à en abuser, donc le pouvoir doit être contrôlé par le pouvoir. Montesquieu ne voulait pas d'un mur parfaitement rigide entre les trois pouvoirs. Il voulait un équilibre dans lequel chacun peut empêcher les autres d'aller trop loin. Pour lui, cet équilibre est ce qui protège la liberté politique.
Jean-Jacques Rousseau : la volonté générale
Du contrat social (The Social Contract), publié en 1762, s'ouvre sur une phrase célèbre affirmant que l'homme naît libre mais vit partout enchaîné. Son but est de trouver une forme d'association dans laquelle chacun se donne entièrement à la communauté tout en restant libre, parce que chacun est aussi membre et participe à la fabrication de la loi. Le guide de cette association est la volonté générale, qui vise le bien commun plutôt que la somme des volontés privées.
Parce que la volonté générale ne peut être confiée à quelqu'un d'autre, Rousseau rejetait l'idée que des députés élus puissent décider à la place du peuple. Les lois doivent être faites par les citoyens eux-mêmes, et le gouvernement n'est qu'un agent chargé de les appliquer. Des critiques ont souligné qu'une « volonté générale » pouvait servir à justifier la contrainte des minorités à se conformer, et c'est l'un des débats les plus vifs sur son œuvre.
Mis bout à bout, les trois réponses se présentent ainsi :
- Source du pouvoir : Locke : le consentement des individus, donné pour protéger leurs droits. Montesquieu : des lois façonnées par la nature et la société, maintenues en équilibre par des contrepoids. Rousseau : la volonté générale de tout le peuple.
- Qui détient le pouvoir : Locke : un législatif au sommet, avec un exécutif en dessous. Montesquieu : trois pouvoirs séparés. Rousseau : les citoyens eux-mêmes, agissant ensemble.
- Principale crainte : Locke : des dirigeants qui trahissent la confiance placée en eux. Montesquieu : un pouvoir concentré dans une seule main. Rousseau : des intérêts privés qui l'emportent sur le bien commun.
- Droit de résistance : Locke défend la résistance lorsque le gouvernement abuse de sa confiance. Montesquieu compte sur la structure pour prévenir les abus plutôt que sur la révolte. Rousseau réserve la souveraineté ultime au peuple, qui ne peut pas s'en dessaisir.
Ce qui en a découlé
Les idées de Locke sur le consentement et les droits naturels ont nourri l'argumentaire des colons américains en faveur de l'indépendance. La Déclaration d'indépendance de 1776 affirme que les gouvernements tirent leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés, une formule proche de l'argument de Locke. La séparation des pouvoirs de Montesquieu a inspiré la Constitution des États-Unis de 1787, qui répartit le pouvoir fédéral entre les branches législative, exécutive et judiciaire, avec des contrôles entre elles ; de nombreux historiens y voient son influence.
La souveraineté populaire de Rousseau a inspiré des voix radicales pendant la Révolution française. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 associe les droits naturels au principe que la loi est l'expression de la volonté générale. Beaucoup de constitutions modernes combinent des éléments des trois : des assemblées élues, des pouvoirs divisés et des tribunaux, ainsi que le principe que le pouvoir vient du peuple.
Ce que demandent les examens
Les épreuves d'histoire mondiale et d'éducation civique vous demandent souvent de comparer des penseurs plutôt que d'en décrire un seul. Une bonne réponse indique d'abord la source du pouvoir chez chacun, puis montre comment cette différence apparaît dans une institution réelle. Par exemple, la théorie du consentement de Locke peut être reliée à l'affirmation américaine selon laquelle un peuple peut résister à un gouvernement qui viole ses droits. La séparation des pouvoirs de Montesquieu explique les trois branches et leurs contrôles dans le système fédéral américain. La volonté générale de Rousseau aide à comprendre pourquoi les révolutionnaires français prétendaient parler au nom de toute la nation.
Deux erreurs courantes sont à éviter. La première consiste à dire qu'un penseur a simplement gagné et que les autres avaient tort ; leurs idées ont été combinées et discutées pendant des décennies. La seconde consiste à traiter la volonté générale de Rousseau comme si elle équivalait à une dictature. Des critiques ont fait cet argument, mais il faut le présenter comme une critique, et non comme une description neutre de sa théorie.
Un moyen rapide de retenir
- Locke : le consentement. Le gouvernement existe parce que les gens acceptent de protéger leurs droits.
- Montesquieu : diviser. Répartir le pouvoir pour que chaque branche limite les autres.
- Rousseau : le peuple entier. La volonté générale appartient à tous, et non à des représentants.
Si vous retenez un mot clé pour chaque penseur, vous pourrez répondre à la plupart des questions de comparaison.
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- Les grandes idées des Lumières : l'ensemble plus large d'idées que ces trois penseurs partageaient et discutaient.
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