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Montesquieu était un juge et écrivain français qui se posait une question très concrète : qu'est-ce qui empêche les détenteurs du pouvoir d'en abuser ? Sa réponse, exposée dans De l'esprit des lois (1748), consiste à diviser le pouvoir. Un organe fait les lois, un autre les applique et un troisième tranche les litiges. Chacun doit pouvoir contrôler les autres. Cette idée, connue sous le nom de séparation des pouvoirs, compte parmi les plus influentes de la politique moderne, et c'est pourquoi son nom figure toujours dans les cours de sciences politiques et d'histoire.
Si vous ne retenez qu'une chose, retenez celle-ci : Montesquieu soutenait que la liberté survit lorsque le pouvoir est divisé, et non lorsque les dirigeants se montrent par hasard bienveillants. Pour le mouvement plus large auquel il appartenait, consultez notre dossier sur les Lumières.
Les causes : pourquoi Montesquieu s'intéresse aux lois
Montesquieu naît en 1689 au château de La Brède, près de Bordeaux, dans une famille noble de longue tradition judiciaire. En 1716, il hérite d'un siège de juge au parlement de Bordeaux, ainsi que du titre de baron de Montesquieu, de la part d'un oncle. Il vend cette charge en 1726 et consacre son énergie à l'écriture et à la vie intellectuelle parisienne.
La France où il vit est une monarchie absolue. Louis XIV est mort en 1715, mais la couronne conserve une autorité immense, et le droit forme une mosaïque. Coutumes, tribunaux et impôts varient d'une province à l'autre. Formé au droit et curieux d'histoire, Montesquieu veut comprendre pourquoi les lois diffèrent tant et quel type de lois protège réellement la liberté des personnes.
Son premier grand succès arrive en 1721 avec les Lettres persanes, publiées anonymement. Le livre use de lettres fictives écrites par deux voyageurs persans à Paris pour se moquer des mœurs françaises, des querelles religieuses et du pouvoir royal. La satire le rend célèbre et révèle sa méthode : comparer les sociétés, chercher des régularités et interroger ce qui va de soi.
De 1728 à 1731 environ, il voyage en Europe, notamment en Angleterre. Il y observe un parlement et des tribunaux loin d'être parfaits mais réputés pour protéger la liberté. Cette expérience façonne l'argument central de son œuvre ultérieure.
Les faits : De l'esprit des lois de Montesquieu
De l'esprit des lois paraît en 1748, après de longues années de travail. L'ouvrage est vaste et traite de politique, de droit, d'économie, de religion et de climat. Trois idées se détachent.
Les lois doivent correspondre à leur société. Montesquieu rejette l'idée que les bonnes lois peuvent simplement être copiées d'un pays à l'autre. Selon lui, les lois doivent convenir au climat, au territoire, à la religion, aux coutumes et à l'économie du peuple qui y vit. Il appelle « esprit général » le caractère d'ensemble d'une nation. Le titre renvoie à cette idée : l'esprit des lois est le réseau de relations entre les lois et tout ce qui façonne une société.
Les gouvernements sont de trois sortes. Il classe les gouvernements en républiques, monarchies et despotismes. Chacun repose sur un principe différent, un ressort humain qui le fait tenir. La vertu soutient la république, l'honneur soutient la monarchie, et la crainte maintient le despotisme. Le despotisme est gouverné par la volonté d'une seule personne, sans lois fixes pour la limiter.
Le pouvoir doit arrêter le pouvoir. La partie la plus célèbre du livre est le livre XI, chapitre 6, où Montesquieu examine la constitution anglaise. Il constate que ceux qui détiennent le pouvoir tendent à l'utiliser jusqu'à ses limites, si bien que le pouvoir doit être retenu par un autre pouvoir. Il divise donc l'autorité de l'État en trois :
- Le pouvoir législatif, qui fait les lois.
- Le pouvoir exécutif, qui applique les lois et gère les affaires étrangères, la guerre et la paix.
- Le pouvoir judiciaire, qui punit les crimes et tranche les litiges entre particuliers.
Prenons un cas simple. Un parlement vote une loi, un gouvernement la fait appliquer, et les tribunaux décident comment elle s'applique à un litige précis. Si le même groupe exerçait les trois fonctions, personne à l'intérieur du système ne pourrait l'arrêter en cas de dérive. Si une personne ou un corps détenait deux de ces pouvoirs, affirmait Montesquieu, la liberté serait menacée. Il décrit aussi les juges comme à peine plus que la bouche qui prononce la loi, une vision que des lecteurs ultérieurs remettront en question.
Les conséquences : de Paris à Philadelphie
Le livre est à la fois un succès de librairie et une cible. Il connaît plus de vingt éditions en deux ans environ. En 1751, toutefois, l'Église catholique le place à l'Index des livres interdits, surtout pour son approche critique de la religion et des traditions sociales.
L'idée de pouvoir divisé a voyagé plus loin que le livre lui-même. Lorsque les dirigeants américains rédigent la Constitution en 1787, ils répartissent le pouvoir fédéral entre le Congrès, le président et les tribunaux fédéraux. Dans le Federalist n° 47, publié en 1788, James Madison s'appuie fortement sur Montesquieu comme autorité sur la séparation des pouvoirs. Madison note aussi que les constitutions des États de son temps ne séparaient pas pleinement les pouvoirs, un rappel utile : un principe écrit sur le papier peut être difficile à appliquer.
En France, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée en août 1789, affirme dans son article 16 qu'une société qui ne garantit pas les droits ni ne sépare les pouvoirs n'a pas de constitution. La séparation des pouvoirs est ainsi posée comme la condition d'une véritable constitution.
L'héritage de Montesquieu a aussi son côté sombre. Ses chapitres sur l'esclavage, au livre XV, sont rédigés comme une ironie amère contre les propriétaires d'esclaves, mais certains de ses arguments liant le climat au caractère ont ensuite été repris par des auteurs défendant des idées racistes. Les lecteurs d'aujourd'hui doivent le lire avec esprit critique et dans son contexte.
Ce que demandent les examens
Les questions d'examen sur Montesquieu portent en général sur quatre points. Premièrement, définir la séparation des pouvoirs et nommer les trois pouvoirs avec leurs rôles. Deuxièmement, expliquer pourquoi il pense que le pouvoir doit arrêter le pouvoir, en prenant l'exemple anglais. Troisièmement, le comparer à John Locke, qui écrit sur le gouvernement par le consentement et les droits naturels, et à Jean-Jacques Rousseau, qui place la volonté générale au centre de la politique. La préoccupation propre de Montesquieu concerne les institutions et les conditions sociales qui maintiennent la liberté. Quatrièmement, montrer comment ses idées ont atteint la Constitution américaine ou la Déclaration de 1789, à partir d'un exemple précis. Les bonnes réponses s'appuient sur des cas concrets, non sur des éloges généraux.
À lire ensuite
Lisez Droits naturels : vie, liberté et propriété pour découvrir les droits que le système de pouvoir divisé de Montesquieu devait protéger. Qui était John Locke ? Vie, idées et influence explique la théorie du gouvernement par le consentement qui a marqué les mêmes débats. Pour l'idée rivale de la volonté générale, lisez Qui était Jean-Jacques Rousseau ?