Le contrat social de Rousseau en cinq minutes
Le contrat social de Rousseau part d'une inquiétude simple. Si les hommes doivent vivre sous des lois et un gouvernement, comment conservent-ils la liberté qu'ils avaient auparavant ? Dans Du contrat social (1762), Jean-Jacques Rousseau répond que les hommes sont libres lorsqu'ils obéissent à des lois qu'ils ont contribué à faire, en tant que membres d'une communauté qui agit comme un seul corps. Le livre est court et dense, et il continue de façonner les débats sur le fonctionnement des démocraties. C'est un texte central des Lumières, ce mouvement du XVIIIe siècle qui a placé la raison et les droits au cœur de la politique. Pour une vue plus large, voir Les Lumières expliquées : idées, penseurs et héritage.
Le problème dont hérite Rousseau
Rousseau n'a pas inventé l'idée de contrat social, c'est-à-dire l'idée qu'un gouvernement légitime repose sur un accord entre les hommes. Deux penseurs antérieurs ont posé les termes auxquels il répond. Thomas Hobbes, dans le Léviathan (1651), soutenait que, sans une autorité forte, les hommes vivraient dans la peur et le conflit permanents, et qu'ils devaient donc confier leur pouvoir à un souverain qui maintient la paix. John Locke, dans Deux traités du gouvernement civil (1689), soutenait que le gouvernement repose sur le consentement des gouvernés et existe pour protéger la vie, la liberté et la propriété. Les peuples peuvent résister à un gouvernement qui trahit cette confiance.
Rousseau prend l'idée de contrat au sérieux, mais il pose une question plus précise. La réponse de Hobbes semble coûter aux hommes presque toute leur liberté. La protection des droits chez Locke, elle, laisse l'élaboration des lois à une assemblée représentative. Rousseau veut un contrat dans lequel le peuple garde sa liberté en devenant lui-même l'auteur de la loi.
D'où vient sa pensée
Rousseau attire d'abord l'attention avec une dissertation primée en 1750, le Discours sur les sciences et les arts, qui soutient que le savoir et les arts n'ont pas rendu les hommes plus vertueux. Son Discours sur l'origine de l'inégalité (1755) va plus loin. Il décrit comment la propriété privée et le rang social ont rendu les hommes plus inégaux et moins libres que dans leur état de nature. Le Contrat social reprend ce problème : si la société est déjà devenue inégale, à quoi ressemblerait un ordre politique juste ?
La ville natale de Rousseau, Genève, a aussi façonné sa pensée. Genève était une petite cité-État où les citoyens et le conseil au pouvoir se disputaient souvent le véritable pouvoir. Rousseau pensait que les petites cités-États étaient le cadre où les citoyens pouvaient le plus facilement garder le contrôle de leurs propres lois.
L'idée centrale : la volonté générale
Le problème central de Rousseau, exposé au livre I, chapitre 6, est de trouver une forme d'association qui protège chaque membre et ses biens de la force de tout le groupe, tout en permettant à chacun de n'obéir qu'à lui-même et de rester aussi libre qu'avant. Sa solution est le contrat social. Chacun se donne lui-même et ses droits à la communauté tout entière. En retour, chacun devient une partie égale du souverain, le corps du peuple qui fait les lois.
La notion clé est la volonté générale (volonté générale). Elle ne se confond pas avec la volonté de tous, qui n'est que la somme des volontés privées de chacun. La volonté générale vise le bien commun et traite les citoyens en égaux, et non en rivaux aux intérêts séparés. Une loi ne peut exprimer la volonté générale que si elle s'applique à tous de la même manière. Pour Rousseau, toute loi véritable est la manifestation publique de cette volonté commune.
Rousseau apporte une réserve. La volonté générale est toujours droite dans son but, affirme-t-il, mais un peuple peut tout de même mal juger ce qu'elle exige (livre II, chapitre 3). C'est pourquoi il insiste sur le débat public et sur des citoyens qui disposent des informations nécessaires avant de décider.
La souveraineté reste au peuple
Dans le système de Rousseau, la souveraineté appartient au peuple et ne peut ni être cédée ni être divisée. Choisir des représentants pour faire les lois revient à renoncer à la liberté de les faire soi-même. Rousseau moque les Anglais qui se croient libres : selon lui, ils ne le sont que lorsqu'ils votent pour les membres du Parlement, et ne le sont pas à d'autres moments (livre III, chapitre 15).
Le gouvernement est autre chose. C'est l'organe qui applique la loi, et il peut être changé. S'il dépasse l'autorité que le peuple lui a confiée, le peuple souverain peut le destituer. Cette distinction entre le souverain et le gouvernement est l'une des idées les plus discutées du livre.
Lire le livre, livre par livre
Le livre est divisé en quatre parties, appelées livres. Connaître ce plan aide lorsqu'on lit l'original ou un commentaire.
- Livre I : pose le problème et présente le contrat social comme réponse (chapitre 6). Il s'ouvre sur la phrase selon laquelle l'homme naît libre et se trouve partout dans les fers. Le passage sur le fait d'être « forcé d'être libre » apparaît aussi ici (chapitre 7).
- Livre II : soutient que la souveraineté ne peut être ni cédée ni divisée, et se demande si la volonté générale peut se tromper (chapitre 3).
- Livre III : traite le gouvernement comme l'organe qui applique la loi, distinct du peuple souverain, et moque le gouvernement représentatif anglais (chapitre 15).
- Livre IV : aborde les assemblées et le vote, puis atteint la religion civile (chapitre 8).
Ce qui se passe en 1762
Du contrat social paraît en 1762, la même année qu'Émile, le livre de Rousseau sur l'éducation. En juin 1762, le Parlement de Paris condamne Émile et ordonne l'arrestation de Rousseau. Des exemplaires du Contrat social sont brûlés à Genève ce même mois. Rousseau doit quitter la France et passe des années d'exil, allant de lieu en lieu.
L'indignation vise surtout le livre IV, chapitre 8, qui propose une religion civile. Rousseau voulait que l'État impose quelques croyances civiques simples, dont l'existence d'un dieu bon et le caractère sacré des lois. Les citoyens qui rejetteraient publiquement ces croyances pourraient être bannis, affirmait-il, car ils ne pourraient pas être de bons citoyens. Les critiques catholiques comme protestants y ont vu une menace pour la liberté religieuse.
La suite : Révolution, critiques et héritage
Rousseau meurt en 1778, onze ans avant le début de la Révolution française. Les révolutionnaires empruntent son vocabulaire de la souveraineté populaire et de la volonté générale. Robespierre, le chef jacobin, admire Rousseau, et le 11 octobre 1794, les restes de Rousseau sont transférés au Panthéon, à Paris, un honneur national.
La Terreur de 1793 et 1794 a changé la manière dont on jugeait cet héritage. Beaucoup de personnes furent exécutées au nom de la sûreté publique, et les historiens débattent encore de la part de responsabilité qu'ont les idées de Rousseau dans cette violence.
L'héritage est contesté. Les partisans lisent le livre comme une défense de citoyens égaux, qui n'obéissent qu'aux lois qu'ils ont contribué à faire. Les critiques pointent un passage du livre I, chapitre 7, qui dit que celui qui refuse de suivre la volonté générale sera « forcé d'être libre ». Ils soutiennent qu'une majorité qui prétend parler au nom de la volonté générale peut écraser les minorités. Ces deux lectures continuent d'alimenter les débats sur la démocratie.
Les idées politiques de Rousseau ont aussi dépassé la France. Emmanuel Kant a affirmé que Rousseau avait façonné sa propre pensée.
Hobbes, Locke et Rousseau comparés
- Pourquoi former un gouvernement : pour Hobbes, afin d'échapper à la peur et au conflit permanent. Pour Locke, afin de protéger des droits que les hommes possèdent déjà. Pour Rousseau, afin de garder sa liberté en faisant la loi ensemble.
- Qui détient le pouvoir : Hobbes le confie à un souverain unique. Locke place un pouvoir limité dans une assemblée législative fondée sur le consentement. Rousseau garde la souveraineté auprès de l'ensemble du peuple.
- Quand le peuple peut agir : Locke admet la résistance à un gouvernement qui trahit la confiance. Le peuple souverain de Rousseau peut destituer un gouvernement qui dépasse son autorité.
Pourquoi le livre est toujours lu
Du contrat social reste lu parce que la question qui le sous-tend n'a pas disparu : pourquoi les citoyens devraient-ils obéir à un gouvernement ? Le fait de choisir des représentants protège-t-il réellement la liberté ? La volonté de qui une loi exprime-t-elle ? Les réponses de Rousseau restent discutables, mais ses questions donnent au lecteur un point de départ pour réfléchir à ces enjeux.
Ce que demandent les examens
Dans l'AP European History, Rousseau apparaît en général dans l'unité consacrée aux Lumières. Les questions demandent souvent de comparer les penseurs du contrat social, d'expliquer comment chacun justifie le gouvernement et de relier ces idées aux révolutions de la fin du XVIIIe siècle. Une bonne réponse nomme l'état de nature, le consentement ou la volonté générale, et donne un exemple concret d'une idée utilisée dans un événement réel.
À lire ensuite
Poursuivez avec ces pages :
- Qu'est-ce que la théorie du contrat social ? — l'idée plus large derrière Hobbes, Locke et Rousseau, et pourquoi elle structure encore les débats sur le gouvernement.
- Qui était John Locke ? Vie, idées et influence — le penseur dont le gouvernement fondé sur le consentement a été poussé plus loin par Rousseau.
- Qui était Mary Wollstonecraft ? — une écrivaine des Lumières qui a appliqué le langage des droits aux femmes.