En cinq minutes
Le traité de Nankin a été signé le 29 août 1842 et a mis fin à la première guerre de l'Opium entre la Grande-Bretagne et la dynastie Qing. La Grande-Bretagne obtint l'île de Hong Kong, cinq ports chinois s'ouvrirent au commerce britannique, et la Chine accepta de verser 21 millions de dollars d'argent. Il est largement considéré comme le premier des soi-disant traités inégaux conclus par la Chine avec une puissance occidentale, et ses effets ont façonné les relations extérieures de la Chine pendant un siècle.
Ce traité fait partie de notre série La Chine des Qing, le Japon et l'Occident (1793–1912), et constitue un bon point de départ pour qui découvre cette période. Ce guide suit le récit dans l'ordre : pourquoi la guerre a commencé, comment les combats se sont terminés par un traité signé à bord d'un navire de guerre, ce que disaient les clauses et ce qui s'ensuivit. Si vous n'avez que quelques minutes, l'encadré des faits clés et la liste des conditions en résument l'essentiel.
Pourquoi la guerre a éclaté
Le conflit est né du commerce. La Grande-Bretagne achetait de grandes quantités de thé, de soie et de porcelaine chinois, mais la Chine demandait peu de produits britanniques en retour, si bien que l'essentiel des paiements se faisait en argent. Les marchands étrangers étaient en grande partie cantonnés aux Treize Factoreries, un petit quartier de Canton, et leurs échanges passaient par un groupe de négociants chinois agréés, appelés le Cohong. Les négociants étrangers disposaient de peu de marge pour traiter librement avec les acheteurs.
L'opium cultivé dans l'Inde britannique a modifié cet équilibre. Il était vendu illégalement en Chine, et l'argent versé pour l'acheter sortait du pays sous forme d'argent. La pénurie d'argent et la propagation de la dépendance sont devenues de graves problèmes pour le gouvernement Qing, qui interdit la drogue. En 1839, le commissaire impérial Lin Zexu arriva à Canton, exigea que les marchands étrangers remettent leur opium et le fit détruire à Humen, en le mélangeant à du sel et de la chaux.
La Grande-Bretagne vit dans cette destruction une attaque contre ses marchands et leurs biens. Londres réclama une compensation et des garanties commerciales, et envoya des navires de guerre. La première guerre de l'Opium débuta cette année-là, et les premiers combats eurent lieu surtout en mer et le long de la côte du sud de la Chine.
De la guerre au traité
Les forces britanniques remportèrent engagement après engagement. En janvier 1841, les représentants des deux camps parvinrent à un accord préliminaire, et les forces britanniques prirent l'île de Hong Kong. Aucun des deux gouvernements n'accepta cet accord, si bien que les combats reprirent. En 1842, la guerre remonta la côte vers le nord puis le Yangzi, où les navires britanniques pouvaient atteindre loin à l'intérieur des terres.
Le 21 juillet 1842, les forces britanniques prirent Zhenjiang, là où le Grand Canal rejoint le Yangzi. Le canal acheminait le grain vers le nord, jusqu'à Pékin, la capitale, et la perte de contrôle de cette voie plaça la cour Qing sous une forte pression. Les exigences britanniques comprenaient la cession de l'île de Hong Kong, l'ouverture de ports et une lourde indemnité, et les négociateurs Qing devaient décider jusqu'où ils pouvaient céder. La négociation devint une voie plus réaliste que la poursuite de la guerre.
Le traité fut signé le 29 août 1842 à bord du HMS Cornwallis, un navire de guerre britannique mouillé sur le Yangzi, au large de Nankin, que les Britanniques appelaient Nanking. Henry Pottinger conduisit la délégation britannique. Qiying, Yilibu et Niu Jian représentaient la cour Qing. Les pourparlers se déroulèrent sous la pression des navires de guerre britanniques près de la ville, et le document compte treize articles.
La ratification prit encore quelques mois. L'empereur Daoguang ratifia le traité le 27 octobre 1842, et la reine Victoria le ratifia le 28 décembre 1842. Les deux parties échangèrent leurs ratifications à Hong Kong le 26 juin 1843, date à laquelle le traité entra en vigueur.
Ce que dit le traité
Le traité est court, mais chacune de ses clauses a eu un effet durable. Les principales dispositions étaient les suivantes :
- L'île de Hong Kong fut cédée à la Grande-Bretagne à perpétuité. Le traité en donnait la raison : les négociants britanniques avaient besoin d'un port où réparer leurs navires et stocker leurs marchandises.
- Cinq ports ouverts au commerce et à la résidence britanniques : Canton (Guangzhou), Amoy (Xiamen), Foochow (Fuzhou), Ningpo (Ningbo) et Shanghai. La Grande-Bretagne pouvait nommer des consuls dans chacun d'eux.
- Le système du Cohong à Canton fut aboli, mettant fin au monopole que les marchands agréés détenaient sur le commerce extérieur.
- Les droits de douane dans les ports ouverts devaient être fixés par accord entre les deux gouvernements, et non par la seule Chine.
- Une indemnité de 21 millions de dollars d'argent : 6 millions pour l'opium remis, 3 millions pour les dettes que des marchands chinois devaient à des négociants britanniques, et 12 millions pour les frais de guerre. La somme devait être payée par versements sur trois ans.
Les sources divergent sur le total. Les trois postes ci-dessus font 21 millions de dollars, mais certains récits ajoutent 6 millions distincts pour la rançon de Canton et citent 27 millions. Quiconque cite ce chiffre doit préciser le total auquel il se réfère.
Le traité ne mentionnait pas le commerce de l'opium lui-même. L'opium ne fut légalisé que plus tard, par le traité de Tianjin de 1858.
Hong Kong était une petite île au large de Canton, dotée d'un port abrité. Pour la Grande-Bretagne, elle offrait une base qu'elle pouvait gérer directement, ce que les accords commerciaux de Canton n'avaient jamais permis. C'est pour cette base que beaucoup se souviennent aujourd'hui du traité avant tout pour Hong Kong.
Deux points ressortent. D'abord, le traité a fait passer le commerce extérieur d'un privilège accordé dans un seul port à un droit fixé par un accord écrit. Ensuite, les conditions ont été imposées sous pression militaire, raison pour laquelle les historiens lisent ce document comme le produit de la force plutôt que d'une négociation entre égaux.
Suites et portée du traité
Le traité ne réglait pas tout. En octobre 1843, un traité complémentaire signé à Humen, que les Britanniques appelaient le traité du Bogue, ajouta des clauses que les critiques ont par la suite qualifiées de cœur du système inégal. Les sujets britanniques accusés de crimes en Chine seraient jugés selon le droit britannique, principe connu sous le nom d'extraterritorialité. La Grande-Bretagne obtint aussi la clause de la nation la plus favorisée, si bien que toute concession accordée par la Chine à une autre puissance s'appliquerait aussi à elle.
En 1844, les États-Unis et la France signèrent des traités semblables avec les Qing. Hong Kong devint un grand centre commercial et bancaire, et Shanghai se développa rapidement comme concession étrangère jusqu'à devenir le plus grand des cinq ports. En 1860, la Convention de Pékin, qui mit fin à la seconde guerre de l'Opium, rattacha une partie de la péninsule de Kowloon au territoire britannique.
Les historiens mettent généralement en avant quatre effets. Le premier est le changement du commerce : des marchands étrangers pouvaient désormais vivre et commercer dans plusieurs villes, et le pouvoir du Cohong recula. Le deuxième est la perte du contrôle des droits de douane et de la juridiction, que des traités ultérieurs étendirent. Le troisième est Hong Kong elle-même, colonie britannique qui servit de base au commerce de la Grande-Bretagne en Asie orientale pendant plus de 150 ans. Le quatrième est le précédent. Les traités de 1843 et 1844 reprirent son schéma, si bien que les négociations suivantes partirent de ses termes plutôt que d'une page blanche.
En Chine, le traité est longtemps resté dans la mémoire comme le début d'une période d'humiliation. La perte de Hong Kong et la lourde indemnité sont devenues le symbole de la faiblesse nationale, et les cours d'histoire à l'école lui réservent toujours une place centrale. Certains historiens soulignent aussi que la cour Qing n'avait guère de moyens réalistes de poursuivre la guerre à ce moment-là, ce qui explique en partie pourquoi elle accepta des conditions qu'elle n'aimait pas.
Le Japon suivit ces événements de près. La nouvelle de la défaite des Qing inquiéta le shogunat Tokugawa, qui assouplit en 1842 son ordre de repousser les navires étrangers et permit de les ravitailler en eau et en combustible. Notre article Comment la guerre de l'Opium a transformé le Japon développe ce lien plus en détail.
Ce que demandent les examens
Les questions d'examen portent généralement sur les causes, les conditions et la portée du traité.
- Causes : le déséquilibre commercial, la contrebande d'opium et la fuite de l'argent, ainsi que la destruction de l'opium par Lin Zexu, qui donna à la Grande-Bretagne son motif immédiat de guerre.
- Conditions : la cession de l'île de Hong Kong, les cinq ports, la fin du système du Cohong et l'indemnité de 21 millions de dollars d'argent. Dans votre réponse, distinguez la cession et l'ouverture des ports, car ce sont deux types de changements différents.
- Portée : le traité marque le point de départ du système des traités inégaux en Chine, et ses clauses sur les droits de douane et la juridiction furent reprises dans des accords ultérieurs.
Lorsqu'une question demande pourquoi le traité est qualifié d'inégal, traitez les deux côtés. La Chine accepta l'ouverture de ports, une indemnité et la fin du Cohong, tandis que la Grande-Bretagne obtint un territoire et le droit de nommer des consuls. Mentionner les deux aspects donne en général une réponse équilibrée.
Pour les questions de comparaison, rapprochez le traité du traité de Kanagawa de 1854, qui ouvrit des ports japonais aux États-Unis. Les deux montrent comment des États d'Asie orientale ont été poussés à ouvrir leurs ports, mais le traité de Kanagawa suivit la visite navale du commodore Perry plutôt qu'une guerre en Chine.
À lire ensuite
- La première guerre de l'Opium (1839–1842) retrace les batailles et la diplomatie qui ont mené au traité.
- La seconde guerre de l'Opium (guerre de l'Arrow, 1856–1860) montre comment les traités inégaux ont été poussés plus loin.
- Comment la guerre de l'Opium a transformé le Japon explique pourquoi une guerre en Chine comptait pour le Japon de l'époque d'Edo.