En cinq minutes
La prise de la Bastille a eu lieu le 14 juillet 1789, lorsqu'une foule parisienne a attaqué la Bastille, une ancienne forteresse royale située à l'est de la ville, qui servait aussi de prison d'État. Dans la soirée, la garnison s'était rendue, le commandant avait été tué et la poudre entreposée à l'intérieur était aux mains de la foule. On n'y a trouvé que sept prisonniers : l'événement n'a donc jamais été une évasion de masse. Les historiens y voient souvent le moment où les Parisiens ordinaires ont pris la Révolution en main, et la France a fait de cette date sa fête nationale depuis 1880.
Pour le contexte plus large, lisez notre guide La Révolution française expliquée (1789–1799). La prise de la Bastille en est l'un des tournants, car elle a fait passer la lutte des salles de réunion aux rues de Paris.
Pourquoi la foule a marché sur la Bastille
Les causes profondes étaient financières. Des années de guerres coûteuses avaient plongé l'État français dans la dette, et le système fiscal pesait surtout sur le peuple. En mai 1789, le roi Louis XVI convoqua les États généraux pour trouver une issue. En juin, les députés du tiers état se proclamèrent Assemblée nationale. Le roi et ses conseillers s'inquiétèrent, et en juillet les troupes royales se rassemblaient autour de Paris. Le prix du pain était élevé après de mauvaises récoltes, si bien que de nombreux Parisiens étaient déjà en colère et affamés avant qu'un événement précis ne les fasse basculer.
Le déclencheur immédiat survint le 11 juillet 1789, lorsque Louis XVI renvoya Jacques Necker, le ministre des Finances, populaire auprès de nombreux Parisiens pour ses idées de réforme. La nouvelle parvint à la ville le lendemain. Pour beaucoup, ce renvoi ressemblait à un signe que le roi allait employer la force contre l'Assemblée et la capitale. Les rumeurs se répandirent vite, et la ville était à fleur de peau.
La foule voulait aussi des armes et de la poudre. Le 13 juillet, les électeurs de Paris mirent sur pied une milice citoyenne, et cette milice avait besoin d'armes. Des rumeurs affirmaient que la Bastille abritait une grande réserve de poudre. C'était en partie vrai, car le commandant des Invalides y avait transféré de la poudre pour la stocker en lieu plus sûr.
La Bastille incarnait aussi le pouvoir royal. Dans l'ancien système, un ordre royal appelé lettre de cachet pouvait faire enfermer quelqu'un sans procès, et la Bastille était la prison la plus connue de ce système. En 1789, très peu de gens y étaient détenus, mais le bâtiment symbolisait toujours l'arbitraire. Une croyance populaire veut que la foule ait voulu libérer des centaines de prisonniers politiques. C'est un mythe. Ce jour-là, il n'y avait que sept prisonniers à l'intérieur.
Pris ensemble, trois facteurs expliquent l'attaque : la colère face au renvoi de Necker et la crainte que le roi use de la force, la peur de voir les troupes royales approcher, et le besoin pressant d'armes et de poudre. La foule elle-même était mêlée, composée d'artisans, de commerçants, de journaliers et de soldats, et ce mélange a permis à la révolte de s'étendre vite.
Ce qui s'est passé lors de la prise de la Bastille
La journée commença à l'hôtel des Invalides, sur la rive gauche de la Seine, une maison pour anciens combattants qui abritait aussi un grand dépôt d'armes. La foule y fit irruption et s'empara de 28 000 à 32 000 mousquets, ainsi que de quelques canons. Les sources donnent des totaux différents, mais l'ampleur de la saisie est claire. La poudre ayant déjà été transportée à la Bastille, la foule se dirigea vers l'est de la ville.
Vers la fin de la matinée, une délégation se rendit à la Bastille et demanda à son commandant, Bernard-René de Launay, de remettre la forteresse et sa poudre. Il refusa. Les négociations ayant échoué, les coups de feu commencèrent et, durant l'après-midi, les combats s'intensifièrent. Des soldats des gardes françaises, passés du côté de la foule, aidèrent à amener des canons contre les murs. La garnison riposta depuis les tours.
La garnison était petite, environ 114 hommes. La plupart étaient des invalides, des soldats vétérans inaptes au service en campagne, et les autres étaient des grenadiers suisses arrivés une semaine plus tôt pour renforcer la forteresse. Les assaillants étaient bien plus nombreux. Les estimations du nombre d'assaillants tués oscillent généralement entre environ 80 et 100, selon les sources, et seul un petit nombre de défenseurs périrent au combat.
Au soir, la garnison capitula et le pont-levis fut abaissé. De Launay fut arrêté et conduit vers l'Hôtel de Ville, siège du gouvernement municipal. En chemin, il fut attaqué et tué par la foule, ainsi que plusieurs autres défenseurs. La foule libéra aussi les sept prisonniers : quatre hommes détenus pour faux-monnayage, deux hommes décrits comme malades mentaux, et un comte détenu à la demande de sa famille.
La chute de la forteresse en une seule journée stupéfia le gouvernement et encouragea les Parisiens à agir de nouveau.
Les suites
La chute de la Bastille bouleversa la politique parisienne en quelques jours. Le 17 juillet, Louis XVI se rendit dans la capitale, alla à l'Hôtel de Ville et accepta une cocarde bleue et rouge, couleurs de Paris, des mains du nouveau maire, Jean-Sylvain Bailly. Le roi reconnaissait ainsi la nouvelle direction de la ville née de la révolte. Pour lui, la visite était aussi un geste politique : elle signalait qu'il accepterait le nouveau gouvernement plutôt que de s'appuyer uniquement sur les troupes. La milice citoyenne fut réorganisée en Garde nationale, dirigée par le marquis de La Fayette, ce qui donna aux Parisiens armés un rôle durable dans le maintien de l'ordre public.
La forteresse elle-même ne dura pas longtemps. Les autorités parisiennes confièrent la démolition à l'entrepreneur Pierre-François Palloy, et les ouvriers abattirent la Bastille en environ cinq mois. Un symbole du pouvoir royal était devenu un terrain vide, et ce changement de sens correspondait aux objectifs plus larges de la Révolution.
Les effets dépassèrent largement Paris. Dans les campagnes, des paysans s'en prirent aux registres et redevances féodaux lors de la « Grande Peur ». Le 4 août 1789, l'Assemblée nationale vota l'abolition des privilèges féodaux. Les événements d'une journée dans la capitale s'étaient transformés en un programme national de réformes.
L'année suivante, le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération célébra le premier anniversaire de la chute par une fête de l'unité nationale à Paris. Bien plus tard, en 1880, la Troisième République fit du 14 juillet la fête nationale par une loi promulguée le 6 juillet. La fête honore à la fois l'assaut de 1789 et la fête de 1790. Dans les pays anglophones, on la connaît largement sous le nom de « Bastille Day ».
Ce que demandent les examens
Pour l'AP European History et les cours comparables, les questions portent surtout sur l'importance de l'événement, et pas seulement sur ce qui s'est passé. Il faut savoir expliquer trois points : les causes (le renvoi de Necker, la peur des troupes royales, et la pénurie de pain et d'armes), l'événement lui-même (la saisie d'armes et la reddition de la forteresse) et sa portée (l'action populaire a poussé la Révolution plus loin et affaibli le contrôle royal). Une bonne réponse relie la prise de la Bastille au transfert du pouvoir du roi vers l'Assemblée nationale et le gouvernement municipal de Paris.
Demandez-vous aussi qui a mené l'attaque. Les historiens débattent de la part de spontanéité de l'événement et de celle qui revient aux nouveaux dirigeants parisiens, donc une réponse équilibrée pèse les deux thèses. Quand vous comparez les sources, notez que les chiffres de pertes et de nombre de mousquets diffèrent d'un récit à l'autre. Une bonne réponse emploie des mots comme « environ » ou donne une fourchette, et évite de répéter le mythe des centaines de prisonniers libérés.
À lire ensuite
- Le serment du Jeu de paume (1789) : comment les députés du tiers état ont refusé de se disperser sur ordre royal, quelques semaines à peine avant la chute de la Bastille.
- Qui était Louis XVI ? : le roi dont les choix de juillet 1789 ont poussé Paris au bord du gouffre.
- Bastille Day : ce que célèbre le 14 juillet : comment l'anniversaire est devenu la fête nationale de la France.